De Peppers Billets 12 déc

OpinionChronique · Opinion

Pourquoi les groupes tribute ne sont pas des photocopieuses

Une photocopieuse sort chaque fois la même feuille. Un groupe tribute joue chaque soir dans une autre salle, devant un autre public, avec les erreurs et les trouvailles de ce soir-là. Voilà pourquoi nous voyons un bon tribute comme une interprétation.

Opinion3 min de lecture

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Affiche avec un tampon opinion en rouge
Dans cet article
  1. Le disque existe déjà, la soirée pas encore
  2. Imiter, c’est aussi un métier
  3. Le public veut le groupe, pas la perruque
  4. Là où la copie s’impose

Quand on dit qu’on joue dans un groupe tribute, on finit toujours par entendre : « Mais pourquoi tu ne fais pas ta propre musique ? » Derrière cette question se cache l’idée qu’un tribute est une copie. La photocopie d’un groupe, qui vaut moins que l’original et ne mérite donc pas qu’on se déplace. Nous voyons les choses autrement, et pas seulement parce que nous jouons nous-mêmes dans un groupe tribute.

Le disque existe déjà, la soirée pas encore

Une photocopieuse a besoin d’un original immobile. La musique ne reste pas immobile. Prenez le groupe que nous jouons. Les critiques racontent comment les Red Hot Chili Peppers ouvrent leurs concerts par un jam guitare, basse et batterie, qui ne glisse vers Can't Stop qu’au bout de quelques minutes. En 2014, le NME évoquait de « longs jams » à l’Isle of Wight Festival ; en 2017, le Miami New Times voyait le groupe « partir de temps à autre dans une jam session chaude et lourde » pendant le concert (deux citations traduites de l’anglais). Reste à savoir quelle version copier : celle du disque, ou celle d’un soir de 2014. Pour en savoir plus sur ces jams, lisez Archives : comment les Chili Peppers jamment sur scène.

Nous prenons le disque là où il faut le reconnaître : le petit riff de Can't Stop, la ligne de basse d’Around the World, le solo de Dani California. Et nous improvisons là où les Chili Peppers improvisent. Cette partie change chaque soir, parce que Tom à la basse et Jan à la batterie ne s’entendent pas de la même façon d’un soir à l’autre. Une photocopieuse en est incapable.

Imiter, c’est aussi un métier

Une copie ne demande aucun choix. Un bon tribute en est rempli. The Analogues, le groupe néerlandais qui a joué pendant dix ans les derniers albums des Beatles, ont transcrit les arrangements note pour note. Le chanteur Felix Maginn a raconté au site SuperDeluxeEdition comment ils notaient au crayon, « morceau par morceau » (traduit de l’anglais), tout ce qui se passait sur les disques, et en débattaient entre eux. Ils ont ainsi joué en live une musique que les Beatles n’ont jamais portée sur scène. C’est de la reconstruction. Qui appelle cela « copier » devrait traiter de photocopieuse tout orchestre qui joue Beethoven.

Le public veut le groupe, pas la perruque

Le chercheur en musique Colin Outhwaite a interrogé des musiciens tribute en Australie pour The Conversation. Le chanteur de The Smyths, un tribute aux Smiths, lui a expliqué que son public veut voir le groupe « être lui-même » plutôt qu’une version façon « pantomime » (en anglais dans le texte). La conclusion d’Outhwaite : les tributes « ont leur propre personnalité ».

Nous le constatons aussi. Dans les passages rappés de Give It Away, Daan sonne comme Anthony Kiedis, mais entre les morceaux, il parle brabançon. Personne dans la salle ne veut qu’il fasse semblant de venir de Los Angeles.

Là où la copie s’impose

Soyons honnêtes : un groupe tribute qui joue trop librement devient un groupe de reprises avec un thème. Cesar Zuiderwijk, membre du jury de l’émission The Tribute, l’a formulé ainsi en néerlandais dans le magazine télé TV Gids : « Le plus important, c’est d’approcher l’original. » Nous sommes d’accord. Les notes et le son doivent être justes. L’original fixe la barre.

Une barre n’a pourtant rien d’un gabarit. On la franchit en sautant à nouveau chaque soir, dans une autre salle, devant un autre public qui s’enflamme sur un autre morceau. Ce saut, c’est le métier. Et quand il est réussi, il donne à une salle ce qu’un disque ne donne pas : la musique d’un groupe que vous ne verrez peut-être plus jamais de près, jouée par des gens qui s’y donnent corps et âme.

Voilà pourquoi les groupes tribute ne sont pas des photocopieuses. Grâce à eux, vous entendez encore Under the Bridge dans une petite salle, avec la sueur qui coule sur les murs.

sam12.122026

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Ceci est une chronique de la rédaction de De Peppers. Lisez aussi ce que les musiciens tribute disent eux-mêmes dans Archives : ce qui fait un bon groupe tribute, ou d’autres chroniques sur notre page dédiée.

Sources

  1. NME — Red Hot Chili Peppers head up the second day at Isle of Wight Festival (Leonie Cooper),
  2. Miami New Times — Concert Review: Red Hot Chili Peppers' Getaway Tour at American Airlines Arena,
  3. SuperDeluxeEdition — Like The Beatles? Meet The Analogues,
  4. The Conversation — Why tribute acts can no longer be considered just cheap copies (Colin Outhwaite),
  5. TV Gids — Golden Earring-drummer Cesar Zuiderwijk over The Tribute,

La rédaction De Peppers

Écrit par la rédaction de De Peppers, groupe tribute des Red Hot Chili Peppers venu du Brabant-Septentrional (Pays-Bas). Chaque fait est sourcé en bas de page. Une erreur ? Écrivez à info@mia-automation.com, nous vérifierons.

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